Au panthéon des "Journées officielles qui ne servent à rien", à côté de la journée Sans-tabac et de la fête des grand-mères, se trouve depuis quelques années la fête des voisins.
Et, je vous le donne en mille, cette année, c'est demain. Hâtez-vous donc de dresser une grande table dans la cour de l'immeuble (ou sur le trottoir), quelques chips et du Mister Cocktail et le
tour est joué : vous voilà prêt à faire connaissance avec vos chers voisins.C'est l'occasion parfaite pour faire entendre à votre voisin du dessus que vous n'appréciez pas plus que ça sa dernière
compile de techno ou de draguer ce bel inconnu croisé une ou deux fois, au moment même où, rouge comme une tomate et soufflant comme un boeuf asthmatique, vous rentriez chez vous avec vos
courses. Il parait que ça marche dans beaucoup d'immeubles, j'attends de voir si quelqu'un aura planté un buffet campagnard devant chez moi demain. J'en doute ; en plus à tous les coups il va
pleuvoir.
Evidemment, je pourrais m'en prendre à moi-même : il ne tient qu'à moi de faire une super fête de voisins giga top moumoute dont tout le monde sortira avec la banane, ravi d'avoir fait de nouvelles connaissances. C'est pas que j'ai la flemme, mais l'organisation c'est pas mon truc. Et puis la dernière fois que j'ai voulu cuisiner un truc sympa, ça a donné des gougères plates comme des crêpes.
Mais ça ne m'empêche pas de trouver ça dommage de ne pas connaitre son voisin de palier. J'ai grandi dans un lotissement dans un petit village, où tout le monde se connaissait et s'apréciait, exceptée l'infâme Madame B., coupable de je ne sais quoi (si ce n'est d'avoir une maison très moche et d'être une vieille grincheuse), contre qui se liguait tout le lotissement. Les apéros à rallonge, les grands barbecues qui duraient de midi à deux heures du matin étaient monnaie courante.
Forcément, le contraste avec les relations de voisinage dans un immeuble parisien est assez frappant. Voilà bientôt six mois que j'habite dans mon studio à l'Hotel de Ville, je n'ai que très rarement échangé plus d'un bonjour avec un voisin, et je ne sais à peu près rien d'eux.
Au rez-de-chaussée, il y a ma concierge. Elle est fort sympathique mais on ne la voit pas très souvent. C'est la seule dont je connais le nom.
Au-dessus, il y a une entreprise. Il y a toujours du monde qui rentre, qui sort, qui va fumer sa clope dehors, jamais les mêmes. Il doit y en avoir un sacré paquet.
Au premier droite, je n'ai jamais vu personne. Je crois que cet appartement est vide.
Au deuxième gauche non plus, mais je pense qu'il y a quelqu'un par contre. Peut-être la vieille dame que j'ai croisée deux ou trois fois.
Au deuxième droite, il y a un monsieur à l'air sévère, la cinquantaine, toujours en costume.
Au troisième gauche, il y a quelqu'un qui, la nuit, accroche souvent un sac isotherme Picard vide à sa poignée de porte. Et qui le surveille, semble-t-il, puisque lorsque Mlle L. (que je ne dénoncerai pas) l'a déplacé un soir (et accroché à la poignée de porte du monsieur du deuxième, un rien l'amuse), une affichette a vite été placardée sur la porte : "Prière aux jeunes filles qui riaient bruyamment dans l'escalier vers 23h de me rendre mon sac isotherme, puisqu'elles me l'ont emprunté."
Au troisième droite, il y a une jeune fille, probablement étudiante. Elle a de petits autocollants sur sa porte. Quand je suis arrivé, c'étaient des silhouettes d'animaux. Une girafe, une autruche. Des choses comme ça. Mais quand les ouvriers ont repeint les portes de l'immeuble à la fin des travaux, ils ont du les décoller. Ils les avaient recollés sur la poignée de porte, quand meme, mais ça ne devait plus bien tenir. Alors la jeune fille a mis un autre autocollant. Un coquelicot. C'est assez kitsch.
Au quatrième gauche, il y a quelqu'un qui joue du piano. Parfois, quand je rentre chez moi, je m'arrête devant sa porte pour écouter.
Au quatrième droite, il y a des gens bizarres. Une femme qui s'endort dans les escaliers. Un homme qui fait bruler des choses puis qui ouvre sa porte pour aérer l'appartement enfumé tandis que les locataires des étages supérieurs, inquiets, cherchent ce qui brule dans leur appartement à eux. Et ce couple, de temps en temps, échange des noms d'oiseaux. De préférence tard dans la nuit, et très fort. D'ailleurs, il pense qu'elle, c'est une pute. Mais c'est facile de dire ça quand on s'est fait mettre à la porte.
Au cinquième gauche, il y a un couple qui va bientot avoir un enfant. Ils ont une espèce de couronne de l'avent sur leur porte, mais c'est pas vraiment une couronne de l'avent
puisqu'elle est encore là en mai. Elle est rose, avec des papillons et des fleurs. C'est mignon mais un tout petit peu kitsch. Un jour ils m'ont prêté une clé anglaise, enfin à Benji plutôt, car
mon WC fuyait et je n'avais pas d'outils. Ils viennent de recouvrir une fenêtre de papier journal pour que le bébé puisse dormir tranquillement dans la pièce.
Au cinquième droite, il y a moi.
Au sixième droite, il y a un homme qui a l'air sympa. Il a le crâne rasé et un piercing à l'arcade, mais l'air très doux. Je précise, parce qu'à lire la description, on pourrait imaginer un skinhead effrayant. C'est la personne dont les "bonjour" sont les plus francs, et c'est celui que je croise le plus souvent aussi. Lui aussi était inquiet le soir où les voisins du quatrième ont fait bruler "quelque chose". Ce soir-là, il y avait une jeune fille avec lui, mais je l'ai jamais vue à un autre moment. Je ne sais pas s'ils sont en couple, ou pas du tout.
Au sixième droite, il y a le beau brun. Il a des horaires pas possibles (je crois... je l'entends souvent rentrer alors que je suis au lit - on entend tout ce qui se passe dans la cage d'escalier), un chat et une petite copine. Il laisse tout le temps la fenêtre ouverte quand il est absent.
Et puis au sixième, il y a le locataire fantôme. Pas d'esprit frappeur ou de bruits de chaines, mais un homme, la soixantaine, que j'ai croisé plusieurs fois (ou plutot doublé, car il monte les escaliers lentement) toujours avec le meme survêtement d'ailleurs. Il monte au sixième, mais je ne vois pas où il peut habiter. Au-dessus de chez moi, vu que c'est probablement disposé comme mon appartement, c'est trop petit pour habiter à deux. Et je vois l'appartement du sixième gauche de chez moi, en six mois je l'aurais aperçu au moins une fois par la fenêtre. Et franchement, qu'est-ce qu'il foutrait avec l'un des deux jeunes hommes?
J'allais oublier les personnes hors de mon bâtiment. A l'entrée B, au quatrième, il y a un couple de petits vieux, et au cinquième un couple de petits minets, dont l'un est plutot mignon d'ailleurs.
Voilà un article un tantinet voyeur... Ce n'était pas mon intention, mais il faut bien être un peu intrusif si on veut connaître un peu les gens qui se cachent derrière la porte d'en face...
Et puis j'ai beau ne pas les connaître, j'ai une certaine tendresse pour tous ces gens. On a beau être des étrangers, on partage le même gros cube de béton et de feraille.
Le plus drôle serait qu'un d'eux se reconnaisse dans sa description... Il doit y avoir une chance sur X millions, mais on peut toujours rêver. Mais si jamais ça arrive, je préfèrerais quand meme que ce soit le beau brun de l'étage au-dessus plutot que la dame qui s'endort dans les escaliers. Enfin, on choisit pas...
mais il parait que 5000 immeubles de Paris l'ont fêté... c'est pas mal!
ceci dit, je ne connais que ton charmant voisin du dessous qui me fait dire que tu n'es pas totalement à plaindre non plus en ce qui concerne ton voisinage :P
mdr
Je suis tombé sur votre témoignage de l'an dernier sur la fête des voisins.
Dans le cadre d'un article que j'écris pour le quotidien Metro, à la veille de la fête des voisins à Paris, je cherche des témoignages de personnes qui ont participé à l'événement etqui n'ont pas forcément apprécié.
Voici mon mail: vincent.michelon@publications-metro.fr
N'hésitez pas à me contacter
Cordialement,
Vincent