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Lundi 23 avril 2007
Après des mois, que dis-je des années d'attente, le nouvel album des Rita Mitsouko, Variéty, a enfin aterri dans les bacs ce matin. Inutile de vous dire que je me suis jeté dessus pour enfin déguster tranquillement les petits bijoux déjà entendus en live à la Boule Noire et à l'enregistrement de la Musicale de Canal+. Evidemment, en studio, rien n'a la force du live, non seulement parce que je n'ai pas à ma disposition une sono équivalente à celle de la Boule noire, mais aussi parce que Catherine n'est plus là pour danser avec son incroyable énergie. Je fais donc un effort pour laisser un peu de côté ces excellents souvenirs live pour apprécier à leur juste valeur ces douze titres (plus trois bonus sur l'édition limitée)... et après quelques écoutes, il n'y a pas de quoi être déçu : Variéty est bien à la hauteur de tous ses illustres prédécesseurs, un album rock simple et efficace, avec une patronne toujours au top de sa forme et un Fred Chichin qui n'a rien perdu de son talent pour dégotter de bons riffs...


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L'ami ennemi
Intro des concerts à la Boule Noire, la version studio est extrêmement proche de ce qu'on a pu entendre en live. Basé sur quelques accords de guitare sèche, c'est un titre sympathique et efficace sans être fabuleux : une bonne accroche. Quant au texte, doux-amer comme le titre l'indique, il est servi par une Catherine au ton délicieusement désabusé.

Communiqueur d'amour ( + Communic'hearts in love, morceau bonus)
Si je n'étais pas enchanté d'emblée par ce titre, un peu trop variétoche peut-être, sa version live me l'a fait redécouvrir : bon premier single dans la mesure où il repose bien les marques des Rita (au cas où certains les auraient oubliées) après quelques années d'absence. Tous les ingrédients miracles sont là : envolées vocales, mélodie efficace... Ne lui manque que l'audace de premiers singles comme Mandolino City (Marc et Robert), Hip kit (Re) ou Cool Frénésie (de l'album du même nom). En même temps ce ne sont pas ces titres là qui sont restés dans l'histoire, donc c'est peut-être pas plus mal...

Rêverie
Première balade de l'album, c'est un morceau plus passe-partout, moins estampillé Rita. Tout en légèreté, avec Fred en choriste à la voix traficotée un peu désincarnée et quelques touches de piano Rhodes forcément un peu datées mais malgré tout très délicates... Une jolie chanson romantique.

Berceuse ( + version chinois mandarin)
De toute évidence un des meilleurs morceaux de l'album... Bien sur, il y a l'amusant décalage entre les couplets qui sonnent comme une vraie berceuse et le refrain rock sur lequel Catherine crie des appels au secours... Mais il y a surtout la quasi-perfection de ce refrain, justement... Riff à tomber, son faussement crade, rythme funky à souhait... Un vrai bonheur, bien que le texte soit, d'après Catherine, sur le cancer (Dors bien ma grosseur/Ma puce, ma tumeur). C'est moins funky, mais ça ne gache rien.
La version en mandarin n'était peut-être pas indispensable cependant... Là où les versions alternatives de Communiqueur et de Terminal Beauté apportent vraiment un plus, celle-ci n'a pas un intérêt fondamental... Enfin peut-être que quand on parle chinois c'est génial ceci dit.

Même si
Un nouveau morceau très variétoche, pas forcément folichon car pas bien original, bien que les petites nappes de synthé soient assez sympathiques. Il n'empeche que c'est un des plus efficaces de l'album, avec une mélodie qui s'incruste directement dans un repli du cerveau... Il bénéficie de plus d'un texte franchement touchant, à la limite du gnangnan qu'il évite avec brio.

Rendez-vous avec moi-même
Le morceau le plus rock, le plus débridé de l'album : le ton est de suite donné avec une intro toute en guitare et en vocalises particulièrement puissantes de Catherine. Le refrain, lui aussi très bien gueulé, est jouissif... On en voudrait presque au joli pont de rompre le rythme! Le titre se finit de manière un peu chaotique, avec des paroles dans tous les sens (Très gros chantier/Je suis la singer Ringer/Très beau chantier, ouais/Je suis la beautiful belle Ringer/ Singer Ringer/ Beautiful belle Ringer, ha ha ha!)... Un beau bordel qui donne envie de bouger les cheveux en rythme.

She's a chameleon
Un des morceaux qui rappellent le plus les albums des années 80-90 des Rita : je trouve meme un petit écho à la collaboration avec les Sparks dans ce riff de basse très balancé et les notes d'orgue Hammond, allez savoir pourquoi...


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Soir de peine
La chanson dans laquelle j'ai eu le plus de mal à rentrer, malgré la petite mélodie simple des clochettes qui la ponctuent. Le refrain est le plus mélancolique de l'album (normal pour un morceau intitulé Soir de peine), et son petit sample électro qui sonne comme une sirène me semble assez sinistre. Une belle réussite pour ce qui est de l'ambiance...

Badluck queen
Jolie opposition entre une instru très pesante, avec rythme martial et lourds accords, et un chant et des choeurs très aériens. Au milieu de cela plane un clavecin un peu décalé mais de rigueur puisque la chanson évoque Marie-Antoinette. Une deuxième chanson plutot sombre et encore une réussite en ce qui concerne l'atmosphère dégagée...

Ma vieille ville
Après Gripshitrider in Paris sur Cool Frénésie, un deuxième morceau "hommage" à Paris, moins décalé et plus touchant. Violoncelle et voix parfois étouffée, murmurant Paris... c'est Paris d'un air émerveillé au refrain : c'est un morceau à la fois très léger et très émouvant, qui ressemble un peu à une bande originale de film.

Ding ding dong (ringing at your bell)
J'ai déjà dit ce que je pensais de ce morceau en revenant du concert à la Boule Noire : petite bombe de fraicheur, un morceau sautillant et irrésistible, bref, le plus gros tube des Rita en puissance... La version studio ne me fait pas déchanter, loin de là : ce morceau a un pouvoir fou sur moi... C'est un pur moment de bonheur, 3minutes 39 pendant lesquelles j'ai envie de bondir dans tous les coins... Un régal

Terminal beauty (+ Terminal beauté)
'tain comme ça casse l'ambiance... L'album se termine sur ce morceau déchirant, bien servi par la puissante voix de Serj Tankian (le chanteur de System of a down) qui se marie à merveille avec la voix de Catherine. La version française, chantée par Catherine seule, souffre d'ailleurs de la comparaison bien qu'elle soit excellente dans l'absolu... Ce qui prouve que la collaboration avec Serj Tankian est une vraie réussite. Les guitares et le saxophone, menaçants, soulignent bien le côté glauque du texte qui est décidément très bon... Un final qui laisse pantois et un brin épuisé tant il est imposant et intense.




Et pour terminer sur un peu d'actu, Ding ding dong semble être le prochain single de Variéty (aaaah) puisque les Rita en ont entamé la promo et qu'ils ont lancé un concours pour remixer ce morceau sur leur site officiel. Site officiel qui s'étoffe d'ailleurs peu à peu, puisque vous pouvez désormais y voir ou revoir  presque tous les clips des Rita depuis leurs débuts (je recommande vivement les Amants, disparu de Youtube il y a un moment et que j'étais ravi de revoir).
Enfin vous pouvez voir deux extraits des concerts à la Boule Noire ici. Je n'arrive pas à les visionner sur mon ordi (grrr), mais benji m'a dit que nous y faisions une apparition...

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Vendredi 13 avril 2007
Babette la plante verte avait tout pour être heureuse. Fraîchement sortie d'une jardinerie parisienne, elle m'avait été joyeusement offerte par une bande de khâgneux à l'occasion d'une pendaison de crémaillère informelle. Mais là, patatrac, c'est la descente aux enfers pour Babette.

Arrivée sur son nouveau lieu de vie, Babette se heurte à un premier obstacle : Guy le bonsaï, mon chouchou végétal depuis qu'Helmut le rosier est parti se dorer la pilule sur la côte. Cet orme de Chine, réclamant une attention de tous les instants, est comme la prunelle de mes yeux. Je lui parle, lui fais prendre son bain avec amour et le taille avec toute la douceur possible. Babette, en sa qualité de plante verte simple à entretenir, ne sera qu'arrosée régulièrement à la va-vite le temps de sa courte vie. Rien de plus.
Et puis Babette est à l'étroit. Il se trouve qu'à la jardinerie, on a eu la brillante idée de coincer son pot dans une sorte de vase en terre cuite peinte, un vase sans trou au fond, qui l'empêche de respirer. Alors Babette étouffe. Et elle transpire des pieds. Le temps que je me rende compte de son mal-être, la terre autour d'elle a déjà commencé à moisir et ses feuilles inférieures se sont flétries. Je la sauve alors in extremis, extrayant le pot du vase non sans mal, et la pose sur le rebord de la fenêtre de la cuisine, où le soleil et le vent devraient se charger de réguler l'humidité de la terre.
Erreur fatale : la voilà donc à quelques centimètres de Guy, cet affreux personnage déjà décrit plus haut (affreux jojo qui va bientôt se voir concurrencé par un second bonsaï chez moi, c'est bien fait). Que s'est-il passé ce jour de mars? Je l'ignore encore.
La terre dans laquelle s'enracinait la sympathique plante n'avait meme pas encore eu le temps de s'ébtouer des dernières plaques de moisissures. Babette, déjà fragilisée psychologiquement par cette agression champignonnière, a peut-être été poussée à bout par Guy. Celui-ci, toujours prompt à se vanter de sa majestueuse -quoique naine- crinière, n'aura pas manqué de rabaisser Babette.


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Cette photo est, à ma connaissance, la seule existante de feu Babette


Alors elle a craqué. Le vent devait souffler ce jour-là. En le sentant jouer avec ses longues feuilles, Babette a surement rêvé d'un ailleurs où la plante n'a pas besoin de gagner sa sève à la sueur de sa photosynthèse et où des rivières d'engrais écologique lèchent des berges de terre de bruyère. Là, de grands pins parasols couveraient les plantes plus petites, leur feraient partager leur savoir et leur liraient des histoires. Les coquelicots seraient immortels et feraient des rondes endiablées avec des géraniums.
Prenant son élan, Babette inspira une dernière fois, de toutes ses feuilles, la mauvaise haleine de Paris. Et, sans un regard pour le perfide Guy, elle fondit dans le vide. Le long de cinq étages humains, elle se sentit la plus heureuse, la plus vivante des plantes. Elle ne subissait plus le vent : c'était sa chute, c'était elle-même qui engendrait ce délicieux courant agitant ses nervures, la rafraichissant jusqu'à la racine la plus profonde. Chaque poil de la moisissure courant à son pied admirait la folie de cette petite plante, tout en redoutant la funeste fin vers laquelle il était entrainé malgré lui. Car le sol approchait vite, trop vite. Le choc fut violent et éjecta Babette hors de son pot. Je l'ai retrouvée une fin d'après-midi, gisant sur le béton glacé d'une cour à tapis innaccessible excepté par le regard. Peut-être vit-elle encore, là en-bas, à l'horizontale. J'en doute. Babette a sans doute rejoint ce paradis végétal dont elle a toujours rêvé. Prenant tous les risques pour atteindre un idéal, elle mérite tout mon amour et mon respect : Babette est la première plante à avoir pris possession de son destin.

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Vendredi 13 avril 2007
Après un premier article qui faisait la part belle aux tarés et schizophrènes de tout poil, il est temps de passer à un film aux personnages solides comme des rocs, qui ne varient pas d'un pouce en deux heures. Et il est d'ailleurs temps de passer à une autre note tout court si je veux avoir fini cette série cinéma avant l'été...
Angel, l'héroïne éponyme du film de François Ozon, est de ce type de personnages. Elle va changer de maison et de condition sociale, mais pas de caractère. Elle naît petite pétasse prétentieuse, elle mourra ainsi. C'est d'ailleurs peut-être une des clés du ratage du film... Mais pas seulement. C'est aussi la faute à un scénario digne d'un roman de Barbara Cartland, avec en bonus un léger fantasme lesbien et quelques plans sur des fesses ou des seins, parce que tout de meme on est chez Ozon. Ce n'est pas non plus Romola Garai qui relève le niveau, prouvant avec son jeu tout en gobage de mouches et en écarquillement d'yeux qu'Ozon n'a plus besoin de Ludivine Sagnier puisqu'il a dégoté son double.
Au bout d'un moment, on ne sait plus ce qu'on déteste le plus, ce personnage faux, stupide et bouffi de prétention ou ce film faux, stupide et bouffi de prétention. Toujours est il que, noyé dans le velours et l'or, on ne rêve plus que d'une chose : que cette grosse pintade se prenne les pieds dans un de ses paons gras comme des porcs. Tout comme le personnage de Charlotte Rampling d'ailleurs, seule rescapée du naufrage (ce qui finalement est aussi une marque de fabrique d'Ozon), qui lance des oeillades désespérées au spectateur comme autant de bouteilles à la mer... Désolé Charlotte, espérons que désormais tu y réfléchiras à deux fois avant de t'embarquer sur une telle galère...

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A l'inverse, les personnages de The good german changent d'avis comme de chemises. J'avoue sans honte que pendant trois quarts d'heure, je n'ai pratiquement rien compris. Tout le monde joue un double voire un triple jeu et les digressions sont incessantes... L'intrigue part dans tous les sens et on se demande vers quoi tout ça nous mène. La situation se clarifie un peu par la suite mais pas de bol, ça n'a rien de bien passionant. Surtout que les pauvres acteurs peinent à nous faire croire une seconde à cette série de retournements, en particulier Cate Blanchett qui a du se croire au théâtre... Il reste bien sur l'exceptionnelle photo de ce film, un noir et blanc lisse, parfait, une superbe lumière, mais le reste est vite oublié.

La vie des autres aussi aurait pu être un film en noir et blanc : il ne manquait plus que ça pour qu'il ait l'air d'avoir cinquante ans. Disons-le tout de suite, je ne compreds pas bien le formidable engouement généré par ce film. Oui, les acteurs sont très bons (encore que Sebastian Koch était meilleur dans Black Book), oui c'est très réaliste, oui c'est très bien documenté... Mais qu'est ce que c'est classique! J'ai trouvé ça vraiment longuet, et pas audacieux pour un sou. En un mot : poussiéreux. A l'image des décors qui semblent avoir été sortis de la naphtaline pour l'occasion. Qu'on se croie réellement en Allemagne de l'Est, c'est admirable, mais ça ne fait pas un film...Du coup je ne comprends vraiment pas qu'on ait pu accorder l'oscar du meilleur film étranger à un tel film. Surtout quand deux superbes films, originaux et poignants, pouvaient être primés : Le Labyrinthe de Pan (voir la fin de cet article) et After the wedding (sur lequel je reviendrai bientôt)

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A l'opposé de ce laborieux essai historique se trouve Molière de Laurent Tirard. Imaginer que le réalisateur de Mensons et trahisons (et plus si affinités) pourrait toucher à la vie du plus célèbre auteur français semblait totalement dingue, mais le résultat est extrêmement convaincant. Tout d'abord parce que Tirard, justement, ne raconte pas la vie de Molière mais en invente un épisode loufoque au cours duquel le jeune Molière va rencontrer les personnages hauts en couleurs qui feront le succès de son oeuvre. Du coup, toutes les élucubrations sont permises et les acteurs s'en donnent à coeur joie, Luchini (la scène du cheval!) et Baer en tête. Les dialogues sonnent incroyablement juste et les scènes extraites des pièces de Molière s'inscrivent admirablement bien dans l'intrigue générale qui suit elle-même un schéma proche d'une comédie du 17e. Rendez-vous aux César l'année prochaine...

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Lundi 9 avril 2007
Je ne crois pas me tromper en disant que le nouvel album de Björk, qui sortira début mai, est un des disques les plus attendus du printemps 2007. Etant donné qu'il nous reste pratiquement un mois à patienter (un peu moins en cas de leak...), je vous propose quelques activités autour de ce que l'on sait déjà de Volta


Activité n°1 :
 vous pouvez commencer par écouter le single, déjà disponible en deux versions (un radio edit et une version longue). bon, personnellement ça ne m'a pas occupé bien longtemps. le temps de l'écouter cinq ou six fois, histoire d'être bien certain qu'il était aussi nul que ce qu'il m'avait semblé au premier abord... rythmique bidon, ruptures de rythmes ratées, chant bêtement braillard, texte lamentable, conclusion : ça vaut pas tripette.

Activité n°2 :
Je vous propose de chercher la pochette de l'album au milieu de tous ses sosies :
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Activité n°3 :
après avoir réussi l'activité précédente, vous pouvez admirer cette pochette dans toute sa splendeur.

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des heures d'amusement en perspective! vous la regardez : un fou rire! une fois calmé, fermez les yeux, rouvrez-les... hop, c'est reparti!

la pochette de volta, c'est le mouvement perpétuel à la portée de tous!

Activité n°4 :
si vous savez vous servir un minimum de photoshop, faites des montages foutraques. exemple :

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sinon, passez à l'activité suivante

Pause :
après tout ça, il est temps de faire une pause. trop de mauvais gout nuit à votre santé.
instant beauté :
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bon évidemment, tout le monde n'aimera pas non plus...

activité n°5 :
si avec tout ça vous en avez encore envie (vous êtes coriace, vous!), réservez vos places pour le concert de Nîmes ou Rock en Seine cet été avant que tout ne soit complet.



Voilà, le temps de lire cette note, la sortie de l'album est 5 minutes plus près... je vous dis donc à bientot pour la suite de ces aventures bjorkiennes...

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Vendredi 30 mars 2007
Chère Brigitte,
je vous dois des excuses. Comme beaucoup, j'ai longtemps porté un jugement légèrement hâtif sur vous. Car comme chacun sait, Brigitte est folle (hihihi). Voilà, j'ai placé le lieu commun numéro un sur vous, on va pouvoir commencer pour de bon.
J'ai toujours adoré votre personnage dans les média. Fantasque, décalée, toujours prête à réveiller des émissions javellisées, à grands coups d'ironie et de tendresse. J'ai aussi apprécié assez vite beaucoup de textes. Une plume unique, à l'image du personnage : barrée mais tellement plus intéressante et profonde que ce que l'on croit au premier abord...
Mais rien à faire, ce qui ne collait pas, c'est la voix! Gravement éraillée, quelque part entre Jeanne Moreau et Amanda Lear (ne le prenez pas mal, je plaisante!), elle m'insupportait, excepté dans les chansons les plus improbables (Conne, Le sac), les plus connes si j'ose dire, où elle fait merveille. Si on m'avait dit, il y a huit mois, que j'irais de mon plein gré à l'un de vos concerts, j'aurais ri de bon coeur.
Et puis, tout est venu petit à petit. D'abord il a fallu reconnaître que votre voix a été particulièrement douce et mélodieuse. Pour preuve, l'envoutant Brin d'herbe, un morceau qui date et qui pour moi fait date. Et puis, alors que je commençais à m'habituer petit à petit à votre voix, aidé en particulier par certains morceaux particulièrement réussis de Libido, votre dernier album (La métro, Elvire, Cul-béni, La viande), il y a eu comme un choc. Ne vous en déplaise, vous n'en êtes qu'à moitié responsable. C'est un jeune québécois, Pierre Lapointe, qui m'a donné des frissons en interprétant votre Symphonie Pastorale, que je ne connaissais alors pas. Arrangements électro, voix puissante et chaude, il ne me manquait plus que ça pour tomber amoureux. J'ai aussitôt demandé à Benji, mon copain qui depuis des mois me mettait le couteau sur la gorge pour que je vous écoute, de me faire écouter cette fameuse chanson. Après un petit délai d'habituation à cette version-là, la voie était grande ouverte : jour après jour, je deviens un illustre kéké.

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Du coup, j'ai tenté l'expérience d'un de vos concerts lors d'un showcase à la Fnac, un jour où vous aviez la crève et où le tempo n'était pas toujours au rendez-vous. Qu'à cela ne tienne, pas effrayé par le quasi-massacre de La métro exécuté ce soir-là, j'acceptais volontiers l'invitation de Benji (toujours lui) à aller vous applaudir à l'Olympia le jeudi 29 mars. Et l'Olympia, j'en reviens tout juste.
Disons-le tout de suite, on nous a un peu eus sur le concept. Certes, le concert était dans le cadre de Paris fait sa comédie, mais nous nous attendions tout de même à un vrai concert de Brigitte Fontaine. Pas un concert interrompu par des troubles-fêtes notoires toutes les deux chansons, voire gâché par des chanteurs populaires de pacotille. A ce titre, Enrico Macias remporte la palme. A en juger par vos derniers mots sur lui, à la fin du concert, "boh je sais pas où il est lui", vous ne semblez pas le porter plus que ça dans votre coeur. Sans doute encore moins depuis ce soir. Il faut dire que bousiller comme il l'a fait Le nougat, une de vos chansons les plus doucement dingues, c'est impardonnable. L'avait-il au moins entendue une fois? La question me hantera longtemps.
En dehors d'Enrico, ça n'était pas bien reluisant dans l'ensemble, mais même le lénifiant Christophe n'a pas pu s'enfoncer plus profond. Par chance, Anaïs est passée donner un peu de fraîcheur au concert, et vous nous avez offert deux très beaux duos, l'un avec Jacques Higelin, l'autre avec Arthur H, sur une désopilante reprise de Je t'aime, moi non plus. Sans parler de Vincent Segal, toujours aussi doué au violoncelle électrique.
Le reste de votre setlist était également excellent, bon compromis entre le besoin de coller au festival Paris fait sa comédie et une setlist normale de concert de promo. Les chansons barges et drôles (Le sac, Conne, Pipeau, Cul-béni...) cotoyaient de rares morceaux plus sombres, notamment La viande, texte déroutant interprété avec brio.

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Je ferai donc de mon mieux pour oublier les mauvais côtés de cette soirée. Vous n'y étiez d'ailleurs probablement pour rien. J'imagine que dès demain, je rirai de ce Nougat foiré et de ce morceau franchement pitoyable de Jacno, "Le sport c'est de la merde". Tout comme j'ai ri à gorge déployée ce soir lorsque, à Jean-Claude Vannier qui venait d'achever son morceau piano-voix, vous avez lancé un "Alléluia Jean-Claude! Va te faire un brushing, ça te changera les idées!". N'importe quoi. N'empêche, c'est un régal de vous voir autant en forme quand tant de journalistes moqueurs vous voient déjà dans la tombe. Fraîche, touchante, faisant la révérence ou dansant énergiquement, vous étiez une vraie jeune fille. En trinquant à votre carrière loin d'être finie, à nos prochains concerts, à vous, reine Brigitte, je me taperais bien un magnum...

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